« Chanson Française », le nouvel album des frères Volo sort le 27 janvier. Pour ce nouvel opus, il sont une fois de plus égaux à eux-mêmes, généreux et authentiques.  À la fois doux et profond, ce disque apaise autant qu’il fait réfléchir. Il y a quelques jours, j’ai rencontré Frédo et Olivier pour leur poser quelques questions. 

soyons-desinvoltes-voloSoyons désinvoltes: Quand est-ce que la musique est rentrée dans vos vies ?
Frédo Volo: Je crois que c’est pour tous les deux pareil : très tôt ! Parce qu’on avait des parents qui avaient besoin d’écouter de la musique et étaient très curieux de pleins de styles différents. Musique anglo-saxonne, musique du monde, jazz, chanson française, variété. Déjà dans le ventre de notre mère on a du en entendre beaucoup.
Olivier Volo: Comme Fredo, j’ai des souvenirs de gamin, quand je joue dans le salon de mes parents, il y a de la musique. Il y avait un fond musical un peu permanent.

Soyons désinvoltes: Quel est votre premier souvenir musical ?
Olivier: La première fois où j’ai une émotion musicale, c’est mon père qui me fait écouter Superstition de Stevie Wonder, avec le riff de clavinet. J’ai un souvenir très précis de ça. Après je me souviens que ça m’avait fait la même chose avec Bébé éléphant de Dick Annegarn. C’est la première fois que j’ai un souvenir de “la musique ça fait les poils”.
Frédo: Moi j’ai un souvenir de quand mon père m’a emmené voir Archie Shepp en concert, j’avais 12-13 ans et je me suis dit “C’est marrant cette musique, je ne comprends rien, la salle est pleine et les gens tripent à mort”. Il était tout seul avec un pianiste, c’était free de free. Je me suis dit que la musique pouvait complètement me dépasser. Je voyais bien qu’il y avait des choses qui avaient l’air d’être pour les autres très très bien, et que moi je n’étais pas capable d’en profiter.

Soyons désinvoltes: À quel moment la musique est devenue un métier.
Frédo: Moi, c’est venu avec mon premier groupe, les Wriggles avec qui j’ai bossé 15 ans. T’écris des chansons pour rigoler et au bout d’un moment tu te rends compte que tu en as 12 et que si tu en écris 8 de plus tu arrives à faire un spectacle. À ce moment-là c’est devenu du boulot. Vers 98-99 .
Olivier: Volo c’est plus difficile à dire parce que les Wriggles me font la gentille proposition de devenir leur régisseur général quand la tournée devient conséquente. Les débuts de Volo ça existe dans les pauses Wriggles, mais avec Fredo, dans des situations différentes, on vit de notre métier déjà. Après quand les Wriggles s’arrêtent, il n’y a plus que Volo.

Soyons désinvoltes: Entre le 1er album et aujourd’hui, qu’elle a été l’évolution du projet Volo ?
Olivier: Il n’y a jamais eu de discussions comme “Il faudrait qu’on fasse comme si, ou il faut qu’on arrête de faire les choses comme ça ou il ne faut pas qu’on aille dans cette direction-là”. On a continué à faire de la chanson comme on en faisait. Après l’évolution du projet c’est plutôt parce que c’est en faisant qu’on apprend. Les 3 premiers albums on les a fait dans un Label Indé qui nous a soutenu et qui avait de l’énergie pour produire des albums. On les a faits nous-même, avec nos copains musiciens, dans l’idée que c’était nous qui produisions nos morceaux tout seuls. Pour le 4eme et le 5eme, on s’est laissé convaincre que ça pouvait être intéressant aussi de laisser nos guitares voix à des arrangeurs tout en gardant la main sur la décision finale. Du coup c’est une évolution, et c’est une expérience aussi de se faire surprendre par d’autres gens. C’est bien aussi de ne pas avoir tout à faire. Ça nous a permis des rencontres super enrichissantes.
Frédo: Il y a 10 ans Volo c’était 2 guitares sèches cordes en nylon et 2 voix. 10 ans plus tard c’est ça qu’on défend encore principalement. On avait des thèmes de prédilections dans les premiers albums, le temps qui passe, la paternité, l’amour, un regard sur le monde, critique sociétale, et aujourd’hui ces thèmes sont toujours là.

soyons-desinvoltes-voloSoyons désinvoltes: Pourquoi le choix de la guitare plutôt qu’un autre instrument ?
Frédo: On est tombé sur cet instrument dedifférentes façons. Il y avait des guitares à la maison, puis après j’ai eu des copains qui en jouaient. Donc je suis venu à la guitare comme ça. On n’a jamais eu envie de s’ouvrir au piano ou à un autre instrument.
Olivier: Moi je me raconte que ça serait bien un jour que j’apprenne d’autres instruments, mais c’est un peu un voeu pieux. Je dirais qu’on fait ce choix par confort. On est autodidacte, on ne maîtrise pas notre instrument mais on maîtrise notre manière d’en faire. Et comme on n’est pas bloqué dans notre écriture, on est satisfait. Nous tant qu’on a du plaisir à faire des chansons, à se surprendre, ça nous encourage à nous dire qu’on a encore des choses à faire avec cet instrument-là.
Frédo: Sur l’instrument, précisément on est sur de la guitare sèche cordes nylon, ce qui n’est effectivement pas très courant, et ça avec le temps on a compris que c’est notre couleur. Il y a une douceur dans cette guitare-là qui fait partie de nos personnalités et de la façon qu’on a d’aborder tel ou tel sujet. Cette petite signature on n’a jamais eu envie de la casser.
Olivier: Il y a eut des discussions avec nos partenaires… Ce sont des choses qui ont été évoquées. De savoir ce que ça ferait si on nous interdisait de prendre nos guitares pour écrire un morceau. Il y a des partenaires qui auraient été intéressés de savoir ce que ça ferait si on essayait d’écrire sur de la programmation par exemple. Qu’est ce que ça ferait Volo sans la guitare nylon, c’est une question qui se pose. Mais Volo sans guitare nylon, ça ne serait plus Volo.

Soyons désinvoltes: Vous écrivez pour vous, mais aussi pour d’autres, comme le titre “Comme elle te ressemble de Julie Zenatti”.
Frédo: La rencontre qui a déclenché l’idée qu’on pouvait écrire pour d’autres gens, c’est notre rencontre avec Zaz. Même Label, même éditeur, elle était venue nous voir en concert et elle nous a dit qu’elle aimait ce qu’on faisait. On a découvert après qu’elle avait grandi dans le village à côté de chez nous en Touraine. Ça faisait pleins de points communs qui ont donné 2 jours de boulots en 2012. Elle est venue nous voir en Touraine, et elle est repartie au bout de 48h avec des morceaux finis qu’on avait bossé ensemble ou pas. Écrire pour quelqu’un qui fait des tournées mondiales et qui sort dans 50 pays, ça ne nous arrivera pas tout le temps. Mais le fait d’avoir été touché par un artiste, par une voix, ça a été déclencheur pour nous du fait que c’est intéressant de pouvoir sortir des contraintes de Volo et d’écrire pour d’autres. « Comme elle te ressemble », elle existe sans qu’on entende parler de Julie Zenatti à ce moment-là. Moi, je suis sur une mélodie que je trouve forte, un texte que je n’arrive pas à finir, que je file au frangin qui me débloque l’histoire et me permet de finir la chanson, qu’on a finalement déposé tous les deux. Notre éditeur était au courant que Julie Zenatti était en studio, et c’est donc lui qui est à l’origine de la rencontre où on a pu lui faire écouter les morceaux qu’on avait.
Olivier: Zaz et Julie Zenatti, on les a rencontrés tous les deux. Mais après on peut être branché individuellement par notre éditeur, pour savoir si on voudrait travailler pour tel ou tel artiste.

Soyons désinvoltes: Pourquoi avoir choisi Tabernak comme 1er extrait de l’album ?
Frédo: Ces choix-là se font en équipe. Il y a eu un espèce de consensus qui traînait depuis quelques mois, sur un refrain fort, sur un parti prit de chanson un peu voyage.
Olivier: Elle était très Volo.
Fredo: Et très originale dans le côté “Tiens, les mecs, ils parlent de la mort mais dans le sourire”. Les attachés de presse n’ont pas dit “Au secours, il ne faut absolument pas y aller avec cette chanson”.
Olivier: Ils nous ont quand même dit que ça serait compliqué avec cette chanson-là.
Frédo: L’album précédent, on avait mis en avant des chansons de Volo qu’on aimait, mais peut-être pas les plus touchantes. C’était plus celle où on s’était dit que c’était les moins clivantes et que donc c’était celles-là qu’on allait présenter aux médias. Là, il y avait la volonté de tout le monde de dire que pour celui-là, on allait se présenter sans se cacher. Ce n’était pas le cas de celles d’avant, mais on a voulu assumer que c’est ça qu’on fait.

Soyons désinvoltes: Comment s’est fait le clip ?
Frédo: Ça s’est fait sur 3 jours, et je tiens tout de suite à préciser, dans le Puy de Dôme. On a bossé avec Hobo et Mojo qu’on ne connaissait pas avant. Leur idée c’était vraiment une petite équipe, ils ont validé le cadre qu’on avait proposé. On voulait quelque chose de très proche de ce qu’on est. On trouvait la chanson un peu casse-gueule à mettre en image. Donc on est parti sur nous, comme si on était en séance d’écriture au moment où la chanson est née. Hobo et Mojo ont insisté pour apporter en plus quelques images de clip basic où l’artiste est en train de chanter, et on a validé ce mélange.
Olivier: Ce qui est présenté est très fidèle de ce qu’on est. On a fait le choix de se présenter nous, plus que le propos de la chanson qui se suffit. Sinon, ça aurait pu faire un clip que l’on n’aurait pas assumé.

soyons-desinvoltes-voloSoyons désinvoltes: Pourquoi le titre “Chanson française” ?
Frédo: Il faut tout de suite qu’on s’explique. À chaque fois qu’on doit choisir le titre d’un album de Volo, on regarde les titres des chansons qui le composent et on regarde ce qu’il y a dedans qui pourrait faire un bon titre d’album. Dans cet album il y a une chanson où on se présente, qui est un peu la chanson drôle même s’il n’y a pas qu’elle. Au bout de notre 5ème album où on fait de la chanson française, si ça n’a pas encore été pris par quelqu’un d’autre on va l’assumer complètement. Maintenant la chanson française c’est très large, ça va de Barbara à Lavilliers, de Renaud à Loïc Lantoine. Est-ce qu’il y a des limites ? Qu’est ce qui est “variété” ? Qu’est ce qui est “chanson” ? Nous, on met dedans pleins de choses.
Olivier: Et là par contre on est sur qu’on en fait de la chanson française.
Frédo: Si ce n’est pas trop prétentieux, oui.
Olivier: Au bout du 5ème album, on trouvait ça drôle aussi de l’appeler Chanson française. On trouvait que c’était un joli clin d’oeil à notre parcours.

Soyons désinvoltes: C’est important pour vous de parler de la société dans vos chansons ?
Olivier: En tout cas ce n’est pas du réchauffé, ce n’est pas artificiel. Nous, on le fait naturellement depuis qu’on écrit des chansons. Il y en a toujours eu, dans tous nos albums. Notre manière d’écrire les chansons individuellement fait qu’il y aura toujours l’envie d’écrire sur des sujets autres que l’amour ou le temps qui passe. Sur l’album précédent “Sans rire”, on signait avec un gros Label indé, et il y a des gens qui sont venus nous dire que maintenant qu’on était signé chez un gros indé on ne faisait plus de politique. Dans cet album-là, il n’y avait plus la même proportion que dans ceux d’avant, mais ça n’avait rien à voir. On n’avait juste pas réussi à écrire des chansons qui nous plaisaient suffisamment ou qui autrement ou mieux que ce qu’on avait déjà fait. Ce n’est pas un calcul qu’on fait à l’avance. Les textes, on les a ou on ne les a pas. On va naturellement sur ces sujets-là parce que je crois que gamins on a été baigné dans un environnement musical et on a bien entendu que dans la chanson il y avait une part de chansonniers que nos parents aimaient qui racontaient des choses. Donc c’est devenu de l’ordre du possible. L’outil chanson peut permettre d’en parler.

Soyons désinvoltes: À côté de ça, beaucoup de chansons parlent d’amour, des enfants. C’est un peu l’équilibre de douceur face à la réalité ?
Frédo: Oui c’est dans la grosse case amour. Tout ce qui est dans l’interaction humeur de chaleur, de confiance, de cadeau, de rire ou de perte aussi, comme ça bouscule nos vies, que c’est indispensable, et qu’on a bien compris qu’on était pas les seuls parce que “All you need is love”… On ne ferait jamais un album qui n’aurait que du propo politico-social. Par contre, ça se pourrait qu’un jour on n’arrive pas à sortir les chansons “intelligentes” pour nous là-dessus et qu’on fasse un album à parler d’amour et de potes.
Olivier: Pour revenir à ce que tu dis, les chansons de critiques sociétales ne sont quand même pas toujours sans espoir.

Soyons désinvoltes: Quelle est votre définition de la musique ?
Frédo: Phénomène indispensable qui aide à vivre.
Olivier: Partage d’émotions


Volo en concert à la Maroquinerie (Paris) les 2 et 3 février – réservation
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