François Alquier est un des rares journalistes à parler à la fois des artistes en développement et des artistes populaires. Il vient de sortir un livre sur Starmania, travaille pour des journaux culturels et tiens le blog « Les Chroniques de Mandor ». Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours, son travail et sa vision des médias et du milieu de la musique. 


Soyons désinvoltes: Pour commencer, peux-tu nous résumer ton parcours de journaliste ?
François Alquier: J’ai commencé en 1982, à faire de la radio en Guyane dans la première radio locale guyanaise, RFM 90. J’y ai présenté le hit-parade bénévolement pendant 1 an. Après, j’ai été animateur à Nostalgie Montpellier, c’est  là que j’ai commencé à faire des interviews d’artistes. La première était Catherine Lara, ensuite William Sheller puis Etienne Daho. On a fait pire pour commencer. Quand j’étais petit, j’écoutais la radio tout le temps et ce qui me passionnait le plus c’était les interviews des uns et des autres. J’ai toujours été branché là-dessus. C’est dans mon ADN. Quand j’ai commencé à mettre le pied dans le monde de la radio, je n’avais pas fait d’école… je me suis fait comme ça, j’ai appris sur  le tas. Du coup, je ne suis absolument pas formaté. Après avoir été animateur, je suis donc devenu naturellement  spécialiste des interviews musicales. Je suis aussi passé par le groupe RTL, j’ai fait un an de météo à RTL et 4 ans flashman à RTL2. Mais j’avais des frustrations par rapport au milieu artistique que je commençais à abandonner. Alors, j’ai commencé à travailler pour des magazines de magasins culturels, notamment le journal des magasins Virgin, puis Le magazine des espaces culturels Leclerc et tous les journaux de la FNAC. Je suis responsable des pages « musique » et « livre » de tous ces journaux. C’est ce que je fais depuis 8 ou 9 ans maintenant.

Soyons désinvoltes: C’était un choix de passer de la radio à l’écrit ?
François Alquier: J’aime toutes ces formes-là : la télé, la radio et la presse écrite. Là, je ne suis que dans la presse écrite mais la télé et la radio me manquent. J’aimerais vraiment en refaire cette année, mais pas bénévolement.

Soyons désinvoltes: Tu viens de sortir un livre sur Starmania. Quelle est ton histoire avec cet opéra rock ?
François Alquier: J’ai découvert Starmania par le biais de Daniel Balavoine parce que j’étais fan de lui. J’avais 11 ans quand j’ai demandé à mes parents de m’acheter le disque. Je ne comprenais pas trop les histoires parce qu’à cet âge-là c’est un peu compliqué de comprendre les aventures de tous ces personnages très caricaturaux. Par contre j’aimais les voix et l’ambiance générale. Ce sont les voix qui m’ont attiré. Je suis plus sensible aux voix qu’à la musique.

Soyons désinvoltes: Quel est ton premier souvenir de Balavoine ?
François Alquier: Je ne sais plus. Je crois que c’est quand est arrivé “le chanteur”. J’ai demandé le disque  à mes parents, puis celui d’avant, « Les aventures de Simon et Gunther, et après j’ai toujours suivi. En 84, à l’âge de 17 ans, je suis allé le voir au Palais des Sports. J’attends devant une grille parce que j’étais en avance et je vois arriver une voiture. La vitre descend : “Qu’est-ce que vous faites là ?”   C’était Daniel Balavoine. Je lui dis que je viens le voir et il me propose amusé de monter derrière. J’ai passé l’après-midi avec lui, puis j’ai vu le concert au premier rang.

Soyons désinvoltes: Ce livre sur Starmania, c’est combien d’heures de boulot ? Il s’est fait en combien de temps
François Alquier: Globalement, j’ai travaillé un an et deux mois dessus. Les premiers mois, j’ai accumulé les interviews. Il y en a plus de 40. C’est la partie cool du truc. Je rencontre des gens qui ont participé à l’opéra rock. C’est le kiff total ! Puis à un moment, il faut passer à la rédaction. Par quel bout prendre la chose ?… Il faut s’y mettre et tout décrypter. Ça a été une longue période. J’ai avancé par ordre chronologique. Il y a eu 4 mois intensifs à la fin.

Soyons désinvoltes: Au final, ce livre est comme tu voulais ?
François Alquier: Oui. Franchement je ne pouvais pas rêver mieux… à quelques détails près. On peut chipoter sur certains choix de photos. Il y en a qui me paraissaient impératives et qui n’y sont pas, d’autres qui ne me paraissaient pas essentielles mais qui y sont. Le graphiste est quelqu’un de très professionnel, j’ai préféré le laisser dans son truc. Je respecte toujours le métier des autres. Sinon, le livre est beau dans son ensemble, avec une couverture que je trouve magnifique. Quand tu livres un texte, tu ne sais pas comment il va être « enrobé ». Je pense que j’ai rempli ma part du contrat et la maison d’édition aussi.

Soyons désinvoltes: Entre ton travail de journaliste pour des magazines culturels et celui que tu fais pour ton blog « Les chroniques de Mandor », tu t’intéresses et parle autant de variété que d’artistes indépendants. C’est quelque chose d’assez rare.
François Alquier: Je travaille pour des magazines qui ne me demandent d’interviewer que les vedettes du moment. Si nous n’avions qu’un goût musical, j’imagine que la vie serait d’un chiant pas possible. Je peux aussi bien passer une soirée dans un lieu comme La Passerelle.2 qu’à Bercy pour voir un chanteur très populaire. Il faut juste que ça soit qualitatif. J’aime la bonne variété. Je suis de la génération Berger, Goldman, Balavoine, Cabrel, Souchon, Sanson. C’est de la variété tout ça, mais de la variété sublimée. Dans mon blog, je fais en sorte de traiter d’égal à égal tous ceux qui y sont. Il n’y a pas de hiérarchie de notoriété ou d’importance. Je crois que ça fait partie de ce que les gens apprécient. Je suis aussi content de faire une interview ou d’aller voir un concert d’un artiste très connu que d’un artiste « en développement » ou underground. Je suis peut-être un peu plus ému quand c’est quelqu’un qui est un peu une madeleine de Proust de ma jeunesse comme Souchon, Jonasz, Yves Simon, Goldman ou Cabrel par exemple. Je n’en fais pas plus sur le blog, mais ça fait quelque chose.

Soyons désinvoltes: Tu as eu des surprises avec des artistes connus dont on t’a demandé de faire l’interview ?
François Alquier: Oui, ça m’est arrivé deux fois. Je vais aller dans l’extrême. Keen’v. Je l’ai fait pour le journal, j’y allais à reculons. Je suis tombé sur un mec super. Très lucide sur sa condition et sur ce qu’il fait. Et le deuxième, c’est Chico, de Chico et les Gypsies. Il m’a raconté sa vie et notamment l’assassinat de son frère, la blessure de sa vie. Il a été assassiné par le Mossad. Des membres du service secret israélien l’ont confondu avec un terroriste qui a participé à l’attentat des JO de Munich. Ceux qui ont tué son frère ont été arrêtés et condamnés en 1973 à Oslo. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me raconte cette tragédie incroyable. Ce qui est bien dans une interview, c’est quand tu arrives à t’engouffrer dans autre chose que de la promo et que tu es surpris par les révélations de l’artiste.

Soyons désinvoltes: Si on écoute le réseau “chanson”, le mot “variété” semble poser beaucoup de problème. On ne comprend pas trop pourquoi.
François Alquier: Moi non plus je ne comprends pas pourquoi. Dans le réseau “chanson”, je suis sûr qu’ils aiment Michel Delpech ou Gérard Lenorman. Ils ont tous en eux des chansons qu’ils ont écoutées quand ils étaient petits. Il y a peut-être du snobisme, mais je ne peux pas croire que tous ces gens-là n’aiment pas la variété française.

Soyons désinvoltes: C’est un peu comme si, parce que c’est mainstream, ça dérangeait.
François Alquier: C’est sûr, dans le réseau indépendant, il n’est pas bon d’aimer les trucs populaires. Il y a une catégorie de personnes que j’abhorre, ce sont les ayatollahs du bon goût. Je ne  les supporte pas. Considérer que son choix personnel est le meilleur, tu te rends compte des œillères et de la prétention de ces gens-là !

Soyons désinvoltes: Qu’est-ce que tu penses des médias, de leur rôle et de leur “influence” ?
François Alquier: Houlà, vaste question ! Je n’aime pas quand on dit “les journalistes ci, les journalistes ça, les médias sont sous contrôle, etc…” Ça m’insupporte autant que quand j’entends qu’on sait déjà qui a gagné le Prix Moustaki. Les médias sont ce qu’ils sont, mais heureusement qu’il y en a. Et puis, il y a maintenant des milliers des médias grâce à Internet, on peut choisir celui que  l’on veut. Je sais que je n’ai pas répondu à ta question, mais je n’ai pas d’opinion tranché sur ce sujet.

Soyons désinvoltes: Tu disais tout à l’heure que ce qui est intéressant c’est de ne pas parler que de la promo. Est-ce qu’il y a encore des médias grand public et / ou des bonnes émissions (tv ou radio) pour le faire ?
François Alquier: Il n’y en a plus parce que ces émissions-là ne marchent pas. Sur Europe 1, il y avait Thierry Lecamp, j’adorais son émission. Sur France Inter, il y a beaucoup d’émissions sur la chanson française qui ont disparu aussi. Le seul qui continue c’est Yvan Cujious avec son Loft Music sur Sud Radio. Chaque jour un artiste connu et un ou deux artistes “découverte”. C’est le seul qui fait ça. Il y a Taratata qui essaie aussi de faire du qualitatif. Mais sinon, il n’y a plus d’émissions musicales. Que beaucoup ne puissent pas d’un point de vue économique, je comprends. Maintenant, je reproche à France Inter, qui appartient  au service public, d’avoir enlevé toutes ces émissions qui étaient vraiment intéressantes. Je vais te dire le fond de ma pensée : en fait c’est l’industrie de la musique qui est malade. Je pense que les fautifs, ce sont les maisons de disques qui ne laissent pas le temps aux artistes de s’installer. Le métier rêvé pour moi ce serait d’être embauché dans un label pour aller voir plein d’artistes dans les clubs, bars, salles de spectacle et de pouvoir dire : “Tiens ! Celui-là, je l’ai découvert hier dans une petite salle, il est vraiment bon, on va le signer”. Ça n’existe plus ça… ce sont des métiers qui ont disparu. Ce ne sont plus des directeurs artistiques, mais des gens sortis des grandes écoles de management ou de marketing. Les producteurs ne prennent plus de risques.

Soyons désinvoltes: Qu’est-ce que tu préfères faire aujourd’hui entre ton boulot et Mandor ?
François Alquier: Pour Mandor, je choisis ceux que j’apprécie personnellement. Quand je travaille pour mes magazines culturels, les artistes que j’interviewe me sont imposés. Ça ne me dérange absolument pas parce que ça me sort de mes habitudes. C’est une ouverture supplémentaire. J’aime les deux cas de figure car ils se nourrissent l’un l’autre. J’aurais peut-être une préférence pour Mandor parce qu’autant interviewer des gens dont j’aime le travail.

 

Sa playlist des 10 titres qui l’ont marqué

Sa playlist de 10 titres « découverte »