« UNITY » le nouvel EP de Sirius Plan est sorti début février. Je les ai rencontré quelques jours plus tard, quelques heures avant leur passage sur la scène de l’Olympia. On a parlé de musique, d’Amérique et de liberté.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Sirius Plan, c’est trois chanteuses et musiciennes: Skye, Gaëlle Mievis et Claire Joseph. Trois artistes dont la musique est remplie de leur sincérité, leur liberté et leur lumière. Trois artistes qui donnent, qui partagent et qui font du bien !

 FilZik: Qu’est ce qu’il s’est passé pour vous depuis la sortie de votre album « Dog River Sessions»?

Claire : On a fait des 1ère parties d’Emmanuel Moire et Louis Bertignac. Ça s’est extrêmement bien passé.

Skye : On est retourné aux États-Unis en Alabama, et cette fois-ci on y est allé pour le Mardi Gras ! Puis on est allé en Louisiane, à la Nouvelle Orléans, à Lafayette.

FilZik : C’est quelque chose que vous vouliez faire depuis longtemps?

Skye : Oui! Ce qui s’est passé, c’est qu’en revenant d’Alabama on était justement en concert en 1ère partie de Louis Bertignac. Je rentre à l’hôtel, j’allume la télé, et je tombe sur un documentaire sur France Télévision, qui parlait de la Louisiane, de Louis Michot et de Lost Bayou Ramblers, un de ces groupes. Louis Michot vient d’une famille d’artistes Cajun.. Il a repris cet héritage et en a fait une musique plus sauvage, saturée. Ça m’a complètement bouleversée alors j’ai appelé les filles et je leur ai dit que j’avais envie de tenter un truc et d’aller là-bas. Et c’est ce qui s’est passé! J’ai contacté Louis Michot, il a entendu ce qu’on a fait, ça lui a plu et il a organisé des  co-plateau avec lui en Louisiane. C’était vraiment un honneur. C’est un poète, quelqu’un qui renoue avec son héritage français et américain.

FilZik : Vous êtes restés combien de temps là-bas?

Skye : À peu près 3 semaines. C’était assez itinérant et vraiment génial!

FilZik : Et ensuite?

Gaëlle : Ça nous a tellement inspiré qu’en rentrant chez nous, nous avons composé de nouvelles chansons.

Claire : On a été témoin d’une sorte de mix franco-américain complètement décomplexé. On est retourné en France et en Belgique en se disant « Il y a une poésie dans leur façon d’écrire les chansons, qui est simple et hyper frontale. » À partir de là, on s’est amusé à faire des textes plus décomplexés.

Skye : C’est du créole. Cette façon d’écrire nous a beaucoup touchés. Cette façon de mettre son cœur sur la table sans artifices nous a bouleversées. La poésie n’est pas dans la tournure de la phrase mais dans le tableau final.

Claire : Quand tu penses à la chanson française, tu penses à quelque chose de très codifié. Brel, Barbara… Et la musique qui va avec. Là, on a eu accès à une musique américaine, dans nos codes folks, country, avec des mots français. Ce mélange, c’est la potion magique pour nous.

 

Skye : L’année suivante, après avoir fait la release party de notre album « Dog River Sessions » au Divan Du Monde, nous avons été programmées par le Festival International de Louisiane et par plusieurs clubs newyorkais. Nous avons rencontré d’autres groupes, d’autres cultures pendant le Festival International de Louisiane. C’est un État où il y a beaucoup de mélanges, beaucoup de cultures, beaucoup de langues, c’est très ouvert. On était si heureusede jouer tous les jours, plusieurs fois par jours, sur différentes scènes.

Gaëlle : Il y avait des hispaniques, des Cambodgiens, des chinois… On avait l’impression d’être dans une fête foraine musicale.

Skye: Ça jouait tout le temps. En Louisiane , c’est une façon de vivre, ça fait partie des choses à faire dans une journée. Ils vont à leur boulot et puis ils vont faire ou écouter de la musique. C’était un épisode vraiment fort.

Claire: Après on a été à New York, et ce n’était pas la même chose. C’était vraiment un autre univers. C’était beaucoup plus speed, les gens ne vivent pas du tout de la même manière, tout va plus vite !

Skye: C’était un peu fou cet épisode américain ! On est sorties de notre zone de confort et il a fallu lâcher prise. Et on pris beaucoup de plaisir !

 

FilZik : Comment les chansons en français ont-elles été reçues là-bas?

Skye : Extrêmement bien! Il y en a même qui sont venus nous dire « We are French! » en anglais parce qu’ils ne savaient pas le dire en Français. Cet héritage-là est pour eux très important. Parler le français était interdit pendant longtemps et la nouvelle génération a besoin de se reconnecter très fort à cette héritage français.

Ce qui nous a hyper touché, c’est que les Américains nous ont parlé de notre musique. Ça nous a touchés, parce que ce n’est pas souvent ce qu’on entend, en tout cas en France. Là-bas, c’était « Qu’est ce que vous jouez bien ensemble! On aime ça ». Et ça nous a fait du bien parce qu’on s’est dit qu’on en oubliait presque qu’on mettait aussi tout notre cœur à cet ouvrage-là : Jouer bien, ensemble.

FilZik : Tout ce qui s’est passé pendant ces voyages vous a influencé sur la façon de faire de la musique par la suite?

Skye : Personnellement, ça m’a décomplexée. Je me suis dit « Pourquoi tu serais gênée de faire la musique que tu fais depuis toujours? C’est-à-dire une musique Folk, Country, Americana. C’est toi, alors vas-y, fais-le. »

Claire : Comme on ne pouvait pas apporter nos instruments avec nous, il fallait faire avec ce qu’il y avait sur place. De ne pas pouvoir amener ma Baryton, mon résonateur, mon piano, et du coup de devoir choisir par exemple de prendre une basse… si tu lâches prise, ces contraintes te font évoluer vitesse grand V. Ça apporte quelque chose de fantastique : la liberté.

Gaëlle : Avant, j’avais la trouille de ce que j’allais avoir comme matériel. Maintenant, ça me passe au-dessus. Si j’ai deux toms, trois caisses claires, si la peau est trouée, ce n’est pas grave. On s’est habitué à ça. C’est vrai que ça apporte de la liberté. Un apaisement aussi.

Skye : Si tu veux vivre l’itinérance, ça fait partie du jeu. Je trouve ça amusant, mais c’est aussi fatigant parce qu’il faut être souple. Dès fois ça tire un peu, mais le plus souvent c’est assez beau.

FilZik : Quand sont arrivées les nouvelles chansons de votre EP UNITY?

Skye : Il y a eu avant tout ça une autre salve de compositions, plus rock, plus électrique. Mais quand il s’est agi d’enregistrer notre nouvel EP, nous nous sommes toutes les 3 naturellement tournées vers les toutes dernières compositions, plus folk et plus acoustiques.

Gaëlle : C’est vraiment la dernière fournée.

Claire : C’est presque comme si l’EP avait choisi ses chansons. Il y a plein de chansons qu’on a faites avant et que j’adore, mais qui ne sont pas sur UNITY. C’est comme quand tu as un chat. Tu dis « C’est mon chat », mais en fait tu es juste l’humain du chat. Là, c’est l’EP qui a choisi ces chansons-là.

Gaëlle : Elles sont , je trouve, hyper cohérentes les unes avec les autres. Elles font partie de la même famille. On en avait besoin parce que l’album qu’on a fait en Alabama, il est plein de tout ce qu’on est, notre rock, notre blues.. Là j’ai l’impression que nos voyages, nos expériences, tout s’est recentré sur quelque chose qui est cet EP. Un instant, une photo.

FilZik : Vous n’avez quasiment pas parlé de cet EP avant qu’il sorte?

Skye : Le lundi on s’est décidé, le mardi on a enregistré, le mercredi on a mixé… J’exagère un peu, mais en gros c’est ça!

Gaëlle : Il a choisi aussi de se faire comme ça! ( rires)

Skye : Il y a un moment où il faut aussi arrêter de réfléchir. On a la chance d’être un groupe en auto-prod et en développement, et l’idée c’est vraiment de se demander ce que nous, on a envie de faire ici et maintenant. Si nous, qui sommes libres de tout contrat, on ne suit pas notre instinct et notre intuition, ce n’est pas grave mais c’est dommage pour nous. On a vraiment donné  libre cours à la spontanéité.

Gaëlle : Ça serait un comble si on faisait un rétro-planning, qu’on se mettait une auto-pression.

Skye : C’est comme ces Olympia, avant fin décembre cette idée n’existait pas. Ça s’est fait comme ça. On a rencontré Alex Lutz, il a aimé ce qu’on faisait , et il nous a proposé de faire ses premières parties. C’est aussi simple que ça. On a cette chance de vivre les choses simplement et d’aller vers nos envies. C’est ce qu’on a fait avec cet EP.

FilZik : Comment ces sont passés ces Olympia?

Skye : Ce qui est très rigolo, c’est qu’on n’est pas annoncé. Ce qui est chouette, c’est que du coup quand ça commence, les gens sont assis dans la salle. Parce que souvent, quand tu fais une première partie, la salle est à moitié pleine. ( rires)

Gaëlle : Là ils sont tous assis, le rideau est fermé, ils s’attendent à voir un blond sur un cheval, et en fait le rideau s’ouvre et on est toutes les trois en train de jouer!

Skye : Et ça se passe très bien !  Le public d’Alex Lutz est curieux et ouvert. Quand les lumières s’allument dans la salle on voit de beaux regards, de beaux sourires. Les gens sont contents. Donc le pari est réussi, et on est super heureuses.

Claire : On a déjà eu la chance de faire une première partie à L’Olympia. C’était avec Emmanuel Moire. C’était une date unique. Tu donnes tout et ça passe ou ça casse. Tu te mets énormément de pression. Là ce qui est généralissime, c’est qu’on joue 8 soirs à l’ Olympia. Il peut y avoir un jour avec un public génial où tu as l’impression qu’on te fait des câlins énergétiques, et d’autres où tu sens qu’il faut aller les chercher un peu plus. C’est hyper formateur.

Skye : Comme tu dis, comme ce n’est pas un one shot, tu joues moins ta vie en fait. Tu ne le prends pas moins au sérieux, mais c’est comme une tournée, sur place.

FilZik : Et avec tout ça, vous êtes encore complètement en auto-production?!

Skye : Oui, on connaît beaucoup d’artistes signés, distribués, passant en radios, etc. et qui se demandent pourquoi ils n’ont que 5 concerts dans l’année. Donc on voit que toute industrie à ses limites, et qu’on n’est pas tous faits pour la même chose. Il faut peut-être éviter les moules et les cases, et  se demander tout simplement quel est son chemin. Sans amertume, sans bataille. C’est notre histoire aujourd’hui.

Claire : C’est exactement ça. C’est l’histoire de ce groupe, c’est ce qu’on a à vivre. On n’est pas du tout contre le fait d’ être soutenues par une structure, portées dans la lumière médiatique. Ce n’est pas du tout une posture. C’est juste que c’est l’histoire de notre groupe, c’est comme ça.

Skye : On l’accueille, et avec joie parce que ça nous fait vivre des choses extra ordinaires.

Gaëlle : Il y a aujourd’hui tous les outils nécessaires pour exister quand même.

Avec ces outils, les contacts sont directs, ils se font d’artistes à artistes. Les maisons de disques ne sont pas là, mais ça n’empêche rien.

FilZik : Est ce qu’il y a une chanson que vous préférez sur cet EP?

Skye : Si je dois en choisir une c’est « Unity ». C’est le titre de l’album, c’est un morceau que Claire a composé au piano et qui lui ai venu en rêve.

Claire : Cette chanson m’est arrivée en rêve, alors que j’ai plus l’habitude de me mettre « au bureau » pour composer ! (rires)

Je n’ai pas de chanson préférée dans cet EP. Elles ont chacune une histoire. Mais je pense que si c’était une famille « Unity » serait un des parents.

Skye : C’est un hymne. Je me permets d’en parler car je ne l’ai pas composé, donc c’est plus facile. Cette chanson, quand les gens l’entendent, il y a quelque chose de l’ordre de la réunification. Elle fédère. Quand on la fait écouter, on sent une émotion forte et particulière. On est tous là, dans un même monde, et a priori à ce moment-là, on a cette sensation qu’on ne fait qu’un. C’est magnifique.

Claire : J’ai rêvé d’un bateau sur  le Mississippi. Sur ce bateau, ill y avait des hommes, des femmes et des enfants qui chantaient une mélodie. Quand je me suis réveillée, j’étais bouleversée par ce que j’avais reçu. Ce qui est génial, c’est de pouvoir raconter ça aux gens avec qui tu travailles, que ça soit accueilli et pris au sérieux, comme étant quelque chose d’important et à faire vivre.

Gaëlle : On a poussé le bouchon un peu plus loin puisqu’on l’a enregistré en 432.

Une fréquence qui n’est pas du tout celle utilisée par les instruments actuels (440 Hz). Je vais être simpliste mais, c’est une fréquence qui fait du bien. C’est la fréquence de l’amour universel.

C’est la fréquence de la vibration de la terre aussi.

Skye : Et cette fréquence a été utilisée par John Lennon dans “Imagine”, Michael Jackson dans “Heal the world”. Des chansons qui portent un message fort.

Gaelle : On a toutes les trois donné toutes ses chances à cette chanson, pour qu’elle aille vraiment taper là où il faut, au cœur.

FilZik : Finalement, l’unité, le rassemblement, c’est un peu l’atmosphère globale de l’EP, non? Il y a du fond, et beaucoup de lumière.

Skye : Quand on parle de cet EP, on dit que le soleil est toujours là.

Claire : Tout à l’heure j’ai entendu une interview de Guillermo Del Toro qui parlait de son prochain film “La forme de l’eau”, qui est une histoire d’amour entre une femme et une créature aquatique. Il disait avoir pris un pied terrible à filmer l’amour universel, et que c’est dingue parce que dès qu’on est cynique on passe pour quelqu’un de très intelligent et brillant, et que dès qu’on parle d’amour, on passe pour un neuneu très naïf. Il faut casser ça. C’est important, surtout dans l’époque dans laquelle on vit. Les gens ont besoin d’aller embrasser de la lumière, de la joie, de se sentir épaulés, qu’ils ne sont pas seuls. Et je pense que c’est la bonne voie à prendre.

FilZik : Comment est ce que vous définiriez la musique?

Skye : Pour commencer il y a la musique que j’ai écoutée, que j’ai entendue. Ce son qui m’a fait vibrer dès le départ et que j’ai tout de suite voulu reproduire. La musique, pour moi c’est un mode de communication qui est très intime et très universel aussi. C’est le seul moment où je n’ai pas peur de me mettre à nu devant 1000 personnes. Je crois que la musique, c’est ce qui tient mon énergie vitale à flot. C’est ce qui va la nourrir quand je n’en ai plus beaucoup.

Gaëlle : La musique, c’est une vibration avant tout. Ce sont des fréquences qui touchent. C’est aussi une manière de communiquer, d’être à nue et moi-même sans avoir peur. Et elle est partout autour de nous, dans la forêt, dans les feuilles, dans les arbres…

Claire : La musique pour moi c’est un média sacré pour guérir. Pour me guérir déjà, et pour guérir le monde, l’humanité, la planète, les animaux… C’est une grande chance d’avoir accès à la musique. C’est hyper précieux.

FilZik : Il y a beaucoup de liberté dans votre musique. J’imagine qu’on vous a sûrement déjà suggéré pleins de changements, de rentrer plus dans des formats ou des cases, etc…

Skye : Si tu savais tout ce qu’on a entendu! Ça va de « Vaut mieux que tu mettes une jupe, c’est quand même plus féminin » à « Tu changerais bien ton nom parce que là franchement je ne comprends pas » en passant par « Mais tu comprends le format aujourd’hui c’est 2,45 ». ( rires)

Claire : Tout s’entend, il n’y a pas de soucis là-dessus. Mais ce qui est pour moi paralysant et freinant, c’est de tout écouter et tout essayer pour satisfaire des demandes parfois absurdes et pas centrées.

À trop écouter, on ne fait rien.

Gaëlle : On a pris la liberté d’être libre. (rires)

Skye : Ça m’est arrivé d’essayer de faire des compromis, et ce n’est pas grave tant que tu rectifies le tir. On a fait pas mal de choix dont on sait aujourd’hui qu’ils n’étaient pas forcément les bons. Ce n’est pas dramatique tant que tu en as conscience.

Claire : Ce qui est rigolo, c’est que la vie te remet souvent face à ce genre de choix, comme pour voir où tu en es. Et là, soit tu y retournes par trouille, soit tu te poses réellement la question.

Skye : C’est toujours la question. Est-ce que j’y vais parce que j’ai peur ou parce que j’ai envie? Pourquoi j’y vais? Tu as le droit d’avoir peur, ce n’est pas grave, tu prendras ton tour quand tu seras prête.

FilZik : Aujourd’hui arrivez-vous à avancer et à faire tout ce que vous faites en ayant gardé la direction que vous vouliez au départ? Vous en êtes là où vous aviez envie d’aller?

Skye : Elle s’est définie elle-même la direction. Nous au départ on n’en avait pas. (rires)

Gaëlle : La date de sortie de l’EP a été décidée 10 jours avant la sortie de l’EP.

Skye : Ce qu’on désirait avec le mental et l’ego ne s’est pas beaucoup présenté. Par contre ce qu’on n’attendait pas, et ce qui nous a fait du bien au cœur s’est présenté. À un moment il a fallu qu’on revoit notre définition du succès. Et c’est génial parce que du coup, là où tu es gagnant, c’est quand tu ne te dis pas que le succès c’est forcément d’ être en tête d’affiche. C’est génial, mais ce n’est pas la seule définition du succès. Le vrai succès, c’est quand tu te dis : « J’ai pris mon pied! Tu te rappelles on s’est marré! Et j’ai eu des frissons! Il y avait une mamie avec sa petite fille qui étaient là, et qui avaient les mêmes yeux de gosses en nous regardant! » Ça, ça fait une journée.

Dans cet EP il y a l’honnêteté de dire qu’on n’est pas que libre, mais qu’on tend vers ça. C’est une carte postale honnête de ce qu’on peut être.

FilZik : Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter?

Claire : De toujours rester honnête avec son propre cœur.

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Pour acheter « UNITY »: siriusplan.bandcamp.com