Il y a quelques jours, Igit était sur la Scène du Festival Rock In Evreux. Après avoir assisté à un concert riche en couleurs, nous avons profité de cette occasion pour lui poser quelques questions.  

 

FilZik: Aujourd’hui sur scène, tu as présenté des titres de différents styles musicaux. Tu as toujours écouté et aimé des musiques différentes ?
Igit: Oui, j’ai toujours aimé pleins de choses différentes. Là, ce sont des entre concerts. J’ai rappelé les gars d’avant et j’ai mélangé un peu de tout. En ce moment je tourne beaucoup en solo en guitare voix, mais comme ici c’est un festival, j’ai fait venir la vieille garde pour se faire plaisir et rejouer un peu de l’EP blues qu’on avait fait, un peu de l’EP d’avant et les nouvelles chansons. J’ai toujours été sensible à pleins de trucs. Tété a été mon idole pendant longtemps parce qu’il arrivait justement à prendre ce groove un peu anglo saxon et avec des super paroles à faire sonner en français. Après je me suis rapproché d’une tradition française de chanson un peu incarnée. Du coup, ça a longtemps entre les deux. Maintenant je vois ça avec du recul et je me dis que chaque album est une étape. Que j’ai envie de faire ça maintenant, et qu’une fois que je l’aurais fait, peut-être que j’irais vers d’autres choses. C’est déjà dur de se cadrer, et de se dire que pendant un an et demi je vais prendre ce style-là de musique que j’aime bien. J’ai pendant longtemps eu la volonté de mélanger tout et en fait là j’ai plus envie de revenir à un truc comme j’ai fait à l’Eurovision, de m’exprimer à travers des codes déjà établis.

FilZik: Tu es dans une démarche qu’on sent très authentique. C’est un peu en décalage avec l’image de The Voice ou de l’Eurovision auxquels tu as participé, non ?
Igit: Il ne faut pas segmenter les choses. C’est la même chose que quand j’écris des chansons pour des artistes dits « populaires ». Tu ne peux pas rester dans ton coin et cracher sur le truc. Ça peut être problématique si tu sais que tu as tellement envie de faire ça que tu vas accepter de te compromettre à un moment donné. Moi, ils m’appellent, j’y vais et je chante comme dans la rue ou ailleurs. Il ne faut pas exagérer, ils ne mettent pas un flingue sur la tempe pour obligeant à chanter quoi que ce soit. On peut dire non, et choisir de rentrer chez soi. Il n’y a pas de grand méchant loup. J’ai fait un bout de ma carrière en major. Tout le monde est pareil, les gens veulent faire de la bonne musique. Après il y a des codes et des gens qui bossent là-dessus. De la même manière qu’il ne faut pas segmenter les musiques entre elles, il ne faut pas segmenter indé et major.

FilZik: Comment est-ce que tu vois l’évolution de la musique et de l’industrie musicale ?
Igit: C’est un grand débat. On en parle tous les jours. Il y a des choses hyper positives et des choses négatives. La musique de manière générale s’appauvrit je pense. Par le règne des stations de travail audio numérique, n’importe qui peut se mettre derrière un ordinateur et faire du son. On est plus dans le développement d’une forme de musique qui met en avant la forme plutôt que le fond. Ça veut dire en fait qu’on fait appelle au cerveau reptilien. On est dans une approche très animal de la musique. On va te les mettre pleins de fois des sons dans la tête, ce qui fait que tu vas aimer une chanson. Après on perd ce joli truc qui est qu’il doit y avoir des chansons qui font réfléchir. Et on consomme ça en streaming. Donc les maisons de disque voient des disques qui coûtent très peu cher à produire parce qu’il n’y a qu’un mec derrière un ordinateur, que ça fait des millions de streams et que ça rapporte de l’argent. Donc ils se disent que c’est là qu’il faut aller parce qu’il y a des sous à gagner avec des investissements minimums. Du coup, c’est beaucoup plus compliqué si tu vas les voir en leur disant que tu veux faire un disque avec un orchestre à cordes. On perd l’harmonie, et toutes ces choses qui sont l’essence de la musique au profit d’un truc que j’adore aussi donc je ne juge pas, mais qui est qui enlève le reste. C’est ça qui est dommage. Je reviens à la question d’avant, mais c’est pour ça aussi qu’il faut militer et aller à The Voice. Il faut des gens qui aillent essayer même si c’est très difficile parfois de représenter ce courant de la musique avec un peu de fond et de sens. Il y a encore des gens bien, qui marchent et écrivent et composent encore leurs chansons, mais très peu.

FilZik: Commence se passe la préparation de ton prochain album ? Tu travailles avec une équipe ?
Igit: Je travaille avec un monsieur formidable qui s’appelle Alexandre Finkin, que j’ai rencontré avec « Lisboa Jerusalem », et qui est en fait le directeur musical d’Aloé Blacc. Mon ingénieur du son est aussi celui d’Aléo Blacc et la connexion s’est faite comme ça. J’avais juste ce thème en piano voix, on c’est rencontré, ça s’est bien passé, et maintenant on est en train de créer du répertoire dans cette veine-là. On n’est pas non plus que dans de la chanson 1940-1950, ça va jusqu’au début des années 80. Il y a même des trucs un peu plus désuets. Je n’ai pas essayé de révolutionner le truc, c’est plus un vrai hommage à la variété française.

FilZik: Tu vas faire une vingtaine de dates à Avignon cet été. Qu’est-ce que tu vas présenter là-bas ?
Igit: À Avignon, c’est un spectacle où je suis seul. J’ai écrit une histoire qui tourne autour des chansons de l’album, et il y a des illustrations qui ont été faites par Sylvain Chomet. C‘est un espèce de conte, avec des personnages dont les portraits sont projetés. Mais c’est quand même plus un concert qu’un spectacle. J’ai déjà fait ça quelques fois, ça se passe très bien. En solo tu mises plus sur l’interaction avec le public.

FilZik: C’est quelque chose que tu aimes faire le solo ?
Igit: Oui, j’aime beaucoup. J’aime les deux. Ce qui est bien avec le solo, c’est que tu es détaché de tous les codes musicaux. Donc tu peux plus réagir à la salle, laisser des respirations, un accord de guitare en l’air, et attendre que les gens réagissent un peu. Il y a un truc beaucoup plus organique. C’est faisable en groupe mais c’est plus compliqué quand même. Les gens ne viennent pas pour la même raison dans une salle de 80 personnes ou dans un gros festival.

FilZik: Tu as fait pas mal de belles premières parties ces derniers mois. Comment ça s’est passé ?
Igit: Avec Christophe Willem et Zazie, c’était super ! C’est deux artistes hyper respectueux, qui présentent avant. Il n’y a pas de snobisme. Les gens viennent écouter de la musique et des paroles. Les premières parties, c’est un exercice très particulier, mais comme j’en ai fait beaucoup du coup au fur et à mesure j’ai trouvé des ficelles. Et ça c’est super bien passé et c’est des super expériences.

FilZik: Ce sont de belles occasions d’avoir un peu de visibilité. Ce qui est compliqué aujourd’hui avec tout ce qui est proposé partout et tout le temps.
Igit: Bien sûr. Et une fois que tu t’es fait de la visibilité, il faut la rappeler. Qu’est ce qui fait que tu sais qu’un album est sorti, c’est parce qu’on te l’a dit 15 fois, que tu as vu 3 plateaux télé, que tu l’as entendu 5 fois à la radio et que tu l’as vu dans le métro. Et la somme de tout ça va faire qu’à un moment donné tu vas intégrer le truc. Ça contribue à ça, mais au-delà, c’est juste un super moment avec les gens.

FilZik: Qu’est-ce que c’est la musique pour toi ?
Igit: C’est là, partout et maintenant. Et elle n’a pas besoin de nous. Elle vit, elle fait son chemin. Elle est là, J’essaie d’en faire partie à un moment donné et quoi qu’il arrive j’en ferai toujours.