Vendredi dernier, Rhoda Scott a donné un concert exceptionnel et inédit avec la Maîtrise de Limay et la Maîtrise des demoiselles de la Légion d’Honneur à la Collégiale de Mantes la Jolie, dans le cadre du festival Blues sur Seine.

Plus de 900 personnes étaient présentes pour cette soirée qui s’annonçait à l’avance unique ! Organisée dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, une centaine de jeunes chanteurs ont accompagné la grande organiste Rhoda Scott, pour un hommage aux soldats noirs-américains ayant propagé le jazz en Europe. Pour cette occasion, Rhoda Scott a choisi un programme particulier mélangeant musique classique et negro spirituals.

 

Installée derrière son orgue hammond, Rhoda Scott dit quelques mots puis commence par « Le Cantique » de Jean Racine (composé par Gabriel Fauré). Dès les premières secondes les notes et les voix touchent et plongent dans une atmosphère à la fois douce et intense. C’est par « Le Noël des enfants qui n’ont plus de maisons » de Claude Debussy, que l’on continue cette soirée. On se laisse alors porter par toutes ces voix qui virevoltent magnifiquement autour de nous. Arrive alors « Amazing grace ». L’écoute attentive du public en dit long sur la beauté de ce qui est en train de se passer. Pas un mot, pas un souffle n’oserait venir troubler cet instant… Sur « Kumbaya », Rhoda Scott invite le public chanter avec eux, et c’est naturellement et avec plaisir que le public s’exécute ! Moment suspendu avec un « Oh, Freedom » d’une profondeur et d’une humanité bouleversantes. Changement de rythme, changement d’énergie. « Swing love sweet chariot » donne envie de se lever et de danser tant c’est entraînant et lumineux, mais le public, respectueux, reste assis tout en se laissant porter par la musique. On reste dans la même ambiance avec « I’m so glad », mais là le public n’arrive plus à résister et se met à applaudir en rythme, emporté par le besoin irrésistible de participer à ce moment. Pour « Down by the riverside », Rhoda Scott a créé un arrangement créant un dialogue entre l’orgue et les choeurs, et souligne le fait qu’après la fin de la guerre de 14-18 on pensait que c’était la fin de toutes les guerres, et que finalement, aujourd’hui, on est encore obligé de chanter » war no more » (plus de guerre). Un des moments forts de ce concert. Premier titre du rappel, « Strange fruit » (chanson interprétée pour la première fois en 1939 par Billie Holiday) est tiré d’un poème contre le racisme et les lynchages que subissaient les Afro-Américains. L’interprétation est profondément touchante. On sent que l’histoire résonne à travers la musique et les mots que l’on entend à cet instant. La soirée se termine en beauté avec « When the saints ». Le public se lève et Rhoda Scott, Thomas Derouineau (batterie), Stefan Patry (orgue), Jeyran Ghiaee (piano), la Maîtrise de Limay et la Maîtrise des demoiselles de la Légion d’Honneur sortent de scène sous un tonnerre d’applaudissements.

Un concert unique qui me fait être heureuse et chanceuse d’y avoir assisté.