« Love Letters From Eylenda », le dernier disque d’Indolore (sorti fin 2017) n’est arrivé jusqu’à nos oreilles que récemment. Cet album est intimiste et beau. Nous avons donc posé quelques questions à Indolore pour en savoir plus sur lui et sur ces projets.

 

© Juliette Rowland

FilZik: Peux-tu te présenter et présenter ton parcours musical en quelques phrases ?
Indolore: Je m’appelle Guillaume dans la vraie vie, Indolore dans mon autre vie, peut-être la plus vraie des deux. Mon parcours de musicien est passé par plusieurs styles, plusieurs époques, un voyage dans le temps et dans l’espace. J’ai d’abord joué du saxophone, créé mon propre groupe de jazz à un moment de ma vie où la pop était reine. J’ai commencé à écrire des chansons à un moment où d’autres raccrochent. Mon premier groupe pop, voire Trip-Hop, a pris le nom de Shine. On a sorti 3 disques, tourné jusqu’aux Etats-Unis. Et puis au début des années 2010, plus de groupe, plus (trop) de potes, la vie en mode reset. Après deux ans de doutes, je me suis lancé en solo, guitare, voix, et pas grand chose d’autre. Premier EP « Positive Girls », nouveau nom « Indolore ».

FilZik: Quand et comment la musique est-elle rentrée dans ta vie ?
Indolore: Mon frère a fait entrer la musique dans la maison, la chaîne hi-fi s’est allumée, les K7 pirates de Police et McCartney ont alimenté la soundtrack de nos voyages en famille. Sur la banquette arrière, j’absorbais.

FilZik: J’ai lu que le jazz a été très présent pour toi pendant un moment. Qu’est ce qui t’appelait particulièrement vers cette musique ?
Indolore: Rien au départ. Quand je pensais Jazz, je pensais vieux. D’ailleurs, c’est en offrant un disque de Charlie Parker à mon père (pardon Papa) pour son anniversaire que la foudre be-bop m’est tombée dessus, à dix-sept ans. J’ai évidemment gardé le disque pour moi !

FilZik: Tu as ensuite pris une autre direction plutôt pop. Pourquoi ce choix ?
Indolore: Je crois qu’on n’échappe pas longtemps à la bande originale de sa vie. Les premières filles, je les revois danser sur Madonna, même si je les revois aussi sortir avec cet enfoiré de Stéphane (prénom modifié !). Pour moi, le chemin fut long, dans les deux cas. Mais il valait le coup !

FilZik: Avec le groupe Shine, vous avez été vite diffusés en radio et avait faire de beaux concerts. Les choses ont fait qu’après quelques années le groupe avait été au bout de son chemin. À ce moment-là, comment imaginais-tu la suite ? Il était évident pour toi de continuer la musique ?
Indolore: Pour te donner une idée, notre tout premier concert avec Shine, ce fut à Londres et en première partie de Sia ! C’est parti très vite, presque trop vite. Mais on a réussi à réaliser de beaux albums ainsi qu’un disque avec l’incroyable et légendaire chanteur anglais, Terry Reid. Au bout de huit ans (durée de vie moyenne d’un groupe finalement), on ne s’écoutait plus. Des soucis relationnels, personnels sont venus porter le coup de grâce. Après ça, j’ai pensé que c’en était fini de mes aventures musicales, de mes petits rêves d’artiste. Mais non. J’ai continué quand j’ai compris que je ne cherchais pas ou plus la gloire mais simplement à m’exprimer. À partir de ce moment-là, les dernières barrières, les derniers complexes ont disparu.

FilZik: Tu es finalement revenu quelques temps plus tard, avec ton projet solo, Indolore. Après un premier EP “Positive girls” en 2014, tu as sorti un nouveau disque “Love Letters from Eylenda” fin 2017. Qu’est ce qui t’a attiré vers l’Islande pour avoir envie d’aller enregistrer ta musique à Reykjavík ?
Indolore: Ce pays m’a appelé, à sa façon, sans forcer, sans s’imposer. D’abord par ses artistes, ses musiciens, par leurs sons à la fois amples et intimes. Et puis je voulais « quitter le pays », me tirer dans un lieu totalement inconnu. Je me suis renseigné, par chance j’ai trouvé refuge dans le studio de Sigur Rós, j’ai foncé. L’Islande ce n’est ni l’Europe, ni l’Amérique, c’est une faille, une énergie naturelle.

FilZik: On sent ce disque très intimiste et très sincère. Comment s’est-il fait ? Toutes les chansons étaient prêtes avant d’être enregistré, ou cette période en Islande a également été une période de création de nouveaux titres ?
Indolore:Merci ! C’est l’intention que je voulais donner à ce disque. Le premier matin, Paul (Evans), ingénieur du son sur ce disque, est venu me chercher. On s’est vite bien entendus. On est arrivés au studio, au pied des collines, une ancienne piscine (!) J’ai choisi mon coin, le grand bassin. Paul a ouvert les micros et c’était parti. Un titre par jour, sans accrochages, sans panique. On a vécu enfermés et en mouvement, comme deux astronautes. J’avais déjà les chansons en poche mais sans aucune idée d’arrangement. J’avais bon espoir d’obtenir un peu du son des volcans. Au-delà de l’enregistrement, mon séjour en Islande a été et reste aujourd’hui une source d’inspiration et d’énergie pour la suite.

FilZik: Là-bas, tu as donc travaillé avec juste un ingénieur du son.
Indolore: Le rôle de Paul a été fondamental là-bas, comme sur mon disque précédent, avec Antoine Delecroix.  Ce sont des magiciens capables de faire de vos émotions une réalité qui s’écoute (j’espère de nombreuses fois !)

FilZik: Comment résumerais-tu ce disque en quelques mots ?
Indolore: Le titre parle beaucoup : « Love Letters from Eylenda ». J’ai écrit et enregistré toutes ces chansons dans un état amoureux quasi délirant. Eylenda est un des nombreux surnoms poétiques donnés à l’Islande. Je crois qu’enregister ce disque là-bas a été une façon de rompre en douceur, de me libérer dans les vapeurs.

FilZik: Quelle est la place de la musique dans ta vie ? 
Indolore: Elle est ma voix quand l’éloquence me manque, c’est-à-dire souvent.

FilZik: Qu’est ce que tu écoute comme musique en ce moment ?
Indolore: J’écoute souvent Glen Hansard, parce qu’il est irrésistible, la famille Ouellette, parce qu’ils sont d’une autre planète, Chris(tine and the Queens) parce qu’elle fait bouger l’ensemble de mon corps endormi.

FilZik: Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Indolore: Je suis en train d’écrire un livre, presque par nécessité. C’est un livre qui va se balader sur le fil de ma vie intime, entre fiction et réalité. Je pense déjà à sa bande originale. Je voudrais aussi reprendre les concerts à l’étranger, au Brésil, vers le Grand Nord, en Europe de l’Est…partout où je pourrai !