Loane a sorti son nouvel album « Alone » mi-février. Ce disque est à la fois particulièrement beau et moderne. Après 2 albums faits en major, elle a choisi de produire celui-ci en indépendante. Elle s’est occupée de tout, la musique, l’image, la communication, etc…

© Romain Hirtz

FilZik: Pourquoi sortir un disque en indépendant après avoir été en Major ?
Loane: EMI a produit mes 2 premiers albums, j’ai pu expérimenter les avantages et les faiblesses d’être signé par une énorme boîte quand on est un artiste en développement. J’avais envie de vivre une nouvelle expérience, les manières de faire et de consommer la musique ont tellement évolué, l’indépendance artistique est de plus en plus recherchée par beaucoup d’artistes. Après mon 2ème album, j’ai passé 5-6 ans à voyager, écrire et composer, mais aussi à prendre le temps d’explorer d’autres facettes de la vie. Je me suis même demandé si j’allais refaire un album. C’est devenu une évidence quand j’ai eu mes premières chansons. J’ai pensé à contacter des labels, puis je me suis demandé pourquoi ne pas le faire moi. Des amies artistes venaient de monter leur structure et m’ont montré que c’était tout à fait possible. L’idée de faire tout ça me plaisait, de façonner un album du début à la fin, de la direction artistique à la fabrication des vinyles. Je me suis même essayée à la réalisation d’un de mes clips car j’adore la vidéo et le montage, quelle grande joie quand il est entré en rotation sur M6, je pense que c’est pour ce genre de libertés artistiques que ce chemin d’indépendant séduit de plus en plus.

FilZik: Tout faire seule, c’est beaucoup plus de travail, non ?
Loane: Bien sûr, ça prend beaucoup plus de temps. J’adore mettre les mains dans tout, la musique, les images, la communication, les logiciels, les plugs. J’ai adoré monté mon clip pendant des nuits, artistiquement la pluralité des disciplines est très épanouissante, passer des heures à chercher des sons, des fonctionnalités, regarder des images, écrire, faire des collages, dessiner, créer les arrangements d’une chanson, découvrir des musiques, monter des images… et puis toutes ces heures de travail plongée dans la peau de mon label, il y avait toujours quelque chose à faire. C’est ça qui est excitant et passionnant.

FilZik: Tu as dit avoir beaucoup voyagé. Où se sont faites les chansons ?
Loane: J’ai picoré un peu partout, dans différents studios lors de mes voyages. Notamment aux États Unis où j’ai passé beaucoup de temps dans des studios avec le groupe Wild Belle. Avec eux j’enregistrais des choses pour moi. Je travaillais déjà sur des chansons qui sont dans l’album. Là-bas, j’ai acheté ma première guitare, une Telecaster Fender, dans un marché de fous de musiques. C’est un peu un marché privé. Ils se vendent leur matériel entre eux et se racontent l’histoire de chaque instrument. J’ai enregistré dans différents endroits. Dans des studios où j’allais pour enregistrer avec d’autres artistes et où je pouvais profiter d’une pièce où ils n’étaient pas en train d’enregistrer. J’ai tout fait seule, sauf les batteries que j’ai faites jouer à la fin, les picking de guitare et les piano voix que j’ai réenregistré à Paris. Ensuite j’ai pris toutes les pistes, et je me suis enfermé dans mon studio pour travailler sur les arrangements. Il fallait encore faire de la recherche pour tout finir.

FilZik: Ça t’a inspiré d’autres choses d’avoir été aux États Unis ?
Loane: À ce moment-là j’ai commencé à écouter beaucoup de musique electro-pop très épurée. J’écoutais James Blake en boucle, Bancks, Shura, Rhye, ou Beach House dont la dream pop m’embarquait instantanément dans mes songes. La pureté de ces nouveau univers et le calme ont beaucoup orienté mon inspiration. Là-bas, j’ai traversé le désert en van de Las Vegas à Chicago. C’est une expérience extraordinaire. Ça a accompagné mon désir de me défaire du superflu dans la vie comme dans la musique. Ça c’est appliqué dans ma vie de femme et d’artiste, jusque dans la musique. J’ai laissé beaucoup de choses dans mes voyages. Je me suis allégée. Ça m’a permis d’abandonner quelques certitudes pour continuer de me trouver. Quand je suis rentrée, j’étais prête pour réaliser ce disque.

© Romain Hirtz

FilZik: Avec qui as-tu travaillé pour cet album ?
Loane: Il y a Stéphane Milochevitch qui a un groupe qui s’appelle Thousand, et dont l’album « Le Tunnel Végétal » est magnifique. On a travaillé sur un texte « Before Sunrise » qu’on a co-écrit en anglais. Cette chanson est comme un temps suspendu, arrêté. J’imaginais des grands espaces, des déserts, et une histoire d’amour décalée, un rendez-vous manqué. Quelque chose comme ça. J’aime bien cette imagerie des rendez-vous manqués. Il y a aussi Auden avec qui j’ai un groupe, Triicks. Sur l’album, il m’a aidé à faire les arrangements de « Before Sunrise ». Il y a Olivier Marguerit, dont le nom d’artiste est O qui a co-signé les arrangements de ma chanson « Andréa ». Il y a Rose avec qui j’ai écrit le texte de la chanson « Partout ». J’avais déjà travaillé avec elle pour son titre « Pour être deux » (en duo avec Jean-Louis Murat). J’ai aussi fait un duo sur le titre « Ne m’oublie pas » avec Michel Gondry. J’ai passé beaucoup de temps dans les Studios de La Source avec Ambroise Boret. Il était un peu une extension de mon bras entre mon cerveau et l’ordinateur. Grâce à lui, j’ai vraiment pu finir dans le moindre détail la réalisation de l’album, c’est un ultra patient, perfectionniste, pointu, qui m’a supporté pendant des jours et des nuits à peaufiner chaque titre. C’est aussi lui qui a mixé une grande partie de l’album. Yann Arnaud a mixé des titres aussi. J’étais entouré de deux super ingénieurs du son.

FilZik: D’où est venue l’idée de ce duo avec Michel Gondry ?
Loane: C’est venu un peu par hasard. On avait travaillé ensemble sur son film « L’écume des jours » et sur un autre court-métrage “Haircut Mouse”. On parlait beaucoup de la mémoire, de l’oubli. C’est un sujet qui nous intéressait beaucoup, et qui prends beaucoup de place dans ses films. C’est Michel qui m’avait donné l’idée de ce refrain « N’oublie pas ma gueule, ou j’te casse la tienne ». Du coup on l’avait chanté, et j’ai trouvé ça tellement touchant quand il l’a chanté que j’ai eu envie de la garder comme ça. Lui aussi trouvait ça cool, donc c’est resté.

FilZik: Quand as-tu commencé à écrire les premiers mots de cet album ?
Loane: Les premiers mots, je pense que c’était il y a 5 ans je pense. Depuis, les chansons sont venues au fur et à mesure, avec le temps. Avec des inspirations réelles, venues de vrais ressentis, de vraies rencontres, de vrai de besoin de créer et d’exprimer des choses à un moment précis. Ce sont des chansons qui m’habitaient, du coup j’ai aussi été les visiter, et elles m’accompagnent. Par exemple, la chanson « Avance » c’est « Avance, oh oui avance. Sans te soucier, sans urgence. Laisse les dire, oh laisse aller. Pas d’impatience, n’aie pas peur d’attendre ta chance, ton étoile dans la nuit ». Ne pas avoir peur de prendre son temps. Aujourd’hui on veut aller trop vite. C’est la course. Et si on n’a pas tout vite, on est malheureux. Ma chanson parle de ça. Je me parlais à moi en fait, en me disant de prendre le temps. Tant pis ce que disent les autres. Prends le temps d’attendre ta chance. Elle n’arrive pas comme ça. Suis ton étoile, même s’il fait nuit. Cette chanson, elle m’accompagnait et elle me faisait du bien.

FilZik: La dernière chanson de l’album est sur ta fille « Andréa ». C’était important pour toi qu’elle ait une place sur ce disque ?
Loane: Oui, et ça s’est fait naturellement, “Andréa” est le mot de la fin de l’album. Elle fait partie de l’histoire de ce disque même si elle n’était pas encore sur terre. Dans le futur, elle a dû influencer mon présent. Elle a fait en sorte que je continue d’avancer, pour devenir sa maman et écrire l’histoire avec elle un peu plus loin dans l’échelle du temps.

© Dimitri Menchikoff

FilZik: Sur le visuel de l’album, on te voit en double. Le titre de l’album « Alone » est un anagramme de ton nom. Pourquoi as-tu fait ces choix ?
Loane: D’une part, pour rendre hommage à ma belle solitude, sans qui je n’aurais jamais fait de musique je pense. Cet état que j’aime tant, ce moteur inspirant, ce redoutable vertige parfois, ce vide que l’on rempli de soi. Cet anagramme c’est moi dans le désordre, j’en ai fait un album pour ranger l’histoire dans des musiques et repartir vers la suite du reste de ma vie. Ces dernières années furent peuplées de bonheurs et de chutes de rêves, des années de danses émotionnelles, de voyages lointains, de magies innommables, je me sens remplie et apaisée aujourd’hui. J’ai même très envie de m’entourer d’autres artistes, partager des projets à plusieurs, et, maintenant la mienne apprivoisée, faire cohabiter les solitudes individuelles pour écrire de nouveaux chapitres.

FilZik: Maintenant que l’album est sorti, comment vas-tu présenter ce disque sur scène ?
Loane: Pour l’instant je suis toute seule avec deux claviers, ma voix et un ordinateur. Je chante mes chansons tout simplement, avec juste l’essentiel. C’est une formule qui me plaît bien mais je suis aussi en train de travailler sur un live à deux.

FilZik: Il y a un concert de sortie de disque qui est prévu ?
Loane: Un concert est prévu à Paris le 10 mai au Walrus disquaire à Paris

Instagram : http://www.instagram.com/AloneLoane
Page Facebook: http://www.facebook.com/LoaneAlone/
Pour écouter / commander l’album: http://kuronekomedia.lnk.to/Alone