AURUS – « La musique, c’est ce lien entre l’indicible, l’émotion, le concret et le monde dans lequel on vit » 

AURUS, c’est le projet de Bastien Picot. Un projet avec une identité très forte où la musique, le réel et l’imaginaire s’associent, provoquant une multitude d’émotions. Tant musicalement que visuellement, on est à la fois porté par une énergie profonde, apaisé par une douceur qui nous enrobe et bousculé par un univers percutant. Le premier EP d’AURUS sortira le 12 juin. Nous avons eu envie d’en savoir plus et avons posé quelques questions à Bastien Picot sur son parcours et ce nouveau projet.

© Sega le petit photographe

Tu as grandi à la Réunion. Quels souvenirs gardes-tu de cette période ? La musique était-elle déjà très présente pour toi ? 

Oui, elle a toujours été très présente. Mon grand-père paternel faisait de la musique. Il jouait de plusieurs instruments. Ce qui est drôle, c’est que tous ces enfants font à titre de hobbies de la musique ou sont sensible à l’art, sauf un, mon père. Ça a dû sauter une génération. De moi-même dès que j’ai pu, j’ai très vite écouté la radio. Et quand il y avait des soirées à la maison, il y avait les tubes qui passaient, puis en fin de soirée tout le monde enlevait les chaussures et on dansait du maloya, musique traditionnelle de la Réunion. 

Qu’est-ce que tu écoutais ? 

Beaucoup de musique anglophone en fait. De la pop, du rock, de la soul, du funk, des trucs un peu dance des années 90 aussi. C’est beaucoup plus tard que j’ai découvert le jazz. 

Qu’est ce qui t’a donné envie d’aller en France ? 

En fait, à l’époque c’était une envie de découvrir le monde. Quand on est sur une île, via les médias et la télé, on voit de loin ce qui se passe ailleurs, et à un moment on a envie d’ouvrir cette fenêtre un peu plus grand et de découvrir d’autres choses. En filigrane se trouvait l’envie de peut-être saisir des opportunités musicales. 

Tu arrives juste après avoir passé ton bac. Qu’est-ce que tu fais à ce moment-là ?

Je faisais des études de langues. J’étais parti faire des études d’anglais à Paris. J’ai quitté famille et amis pour me lancer dans le grand bain. À l’époque je voulais encore assurer mes arrières, avec des études dites “normales” pour un métier dit “normal”. Mais je me suis vite rendu compte que j’adorais l’anglais, mais que je n’avais pas forcément envie d’être prof d’anglais et que c’était vraiment la musique qui me plaisait et que le fait de vouloir assurer avec des études plus conventionnelles était plus une volonté qui venait de la société et mes parents que de moi-même. Après un travail sur moi, j’ai décidé de bazarder ça, pour me lancer dans la musique. 

À ce moment-là, tu es déjà auteur-compositeur-interprète ? 

Oui, déjà depuis le collège peut être même un peu avant, je composais et j’écrivais. Très tôt en anglais. Puis à la fin du collège et tout le lycée, j’ai créé un groupe avec des amis, où on faisait des compositions. Je composais, j’écrivais, je faisais des petits arrangements vocaux. Et certains de ces camarades, je les ai retrouvés quand je suis parti au CIAM (école de musiques actuelles et jazz) à Bordeaux. 

© Sega le petit photographe

Quels sont tes instruments ? Avec quoi est-ce que tu composes ? 

Clavier, guitare, percussions et maintenant aussi des logiciels de MAO pour composer. Après, je ne me considère pas non plus comme un instrumentiste. Du moins, mon instrument, c’est la voix. Je compose avec ces instruments-là, puis je passe la main à des guitaristes, des pianistes, des gens plus compétents que moi. Ça m’arrive aussi de composer uniquement à la voix et de faire ensuite un arrangement avec d’autres instruments. 

La voix c’est vraiment ton instrument de prédilection. C’est ce qui t’a donné envie de faire des chœurs ? Tu as cherché à le faire ou on est venu te chercher ? 

Oui, pour moi la voix est un réel instrument. Pour les chœurs, c’est un peu la vie qui m’a amené vers ça. J’ai toujours aimé la polyphonie, chanter à plusieurs. J’avais le loisir de pouvoir faire un peu de musique avec mes compositions, mais aussi de participer à d’autres projets soit en chanteur lead soit en tant que choriste. J’ai toujours été hyper curieux, et aimé l’esprit de partage de la musique. Je me suis retrouvé dans plein d’aventures musicales avec beaucoup de plaisir. 

Comment on se retrouve choriste sur un concert de Stevie Wonder ? 

Je crois que j’étais au bon endroit au bon moment. C’était avec Gospel For You Family avec qui je travaillais déjà. Ils cherchaient un chanteur supplémentaire, et lorsqu’ils ont appris que j’étais dans les parages, ils m’ont dit “Est-ce que tu veux venir faire des chœurs pour Stevie Wonder ? “, je n’ai pas beaucoup réfléchi, j’ai dit oui. Ça devait être une date, aux Arènes de Nîmes, où on était une poignée de chanceux à se retrouver sur scène avec ce monstre de la soul musique. De la musique tout court même. Finalement ça lui a bien plu, et on a fini avec lui les 2 dernières dates de sa tournée européenne, qui étaient à Monaco. Je ne l’avais jamais vu en concert, et là je me retrouvais sur scène, à 2 mètres de lui. C’est une des expériences qui m’a le plus marqué. La première date, c’était le 4 juillet 2010. Je ne me souviens pas beaucoup des dates, mais celle-là est gravée dans ma mémoire. 

Tu as travaillé avec des artistes de cultures et styles musicaux différents. Naturellement tu t’intéresses à tout ? 

Oui. Je me nourris de beaucoup de choses, en art comme en musique. Je suis assez curieux, et j’aime m’épanouir dans tous ces styles musicaux et ces esthétiques musicales. Je pense que c’est quelque chose qui se retrouve ensuite dans ma façon d’écrire et de composer. 

© Francesca Beltran

Dans l’EP qui va sortir en juin, on sent qu’il y a de nombreuses influences dans ta musique. 

C’est un peu une photo de qui je suis, ou de qui j’étais au moment de l’enregistrer. Du coup, ça intègre forcément mon parcours aussi. Puis dans l’album qui arrivera ensuite, il y a des instruments traditionnels de la Réunion, du Maloya. Ça ne se retrouve pas forcément sur les 4 titres de l’EP, mais sur l’album il y a le créole qui côtoie l’anglais, des instruments traditionnels qui viennent s’inscrire soit avec le maloya, ou dans un contexte pop que j’ai un peu détourné. J’aime voir un EP ou un album, comme une photo prise à un moment donné, plus qu’une synthèse. Parce qu’une synthèse, ça voudrait dire que je suis ça et rien d’autre. Mais non. C’est la capture de qui j’étais quand j’ai écrit ces morceaux. Et demain, il y aura une autre photo, dans laquelle se retrouveront peut-être d’autres influences. C’est une recette qui évolue, comme on évolue en tant que personne et artiste. 

Pourquoi avoir choisi de faire un projet sous le nom AURUS ? 

À la fois parce que finalement, c’est un nom qui pour moi veut dire beaucoup de choses. Pour moi, ça veut dire: voir au delà, au delà de la matière… C’est finalement en lien avec la musique, impalpable et pourtant si réel et concrète. Il y a des références aux symboles autour du Dieu Horus. Mais ça ne s’écrit pas pareil, parce que l’idée n’est pas de dire que je me prends pour un Dieu Egyptien. (rires) L’oeil d’Horus, le wedjat eye, fait référence au 3ème oeil, le siège de l’intuition, à laquelle il faut selon moi se (re)connecter. Dans le mythe d’Horus, il y a aussi beaucoup de contradictions, et je m’y retrouve. On dit qu’un de ces yeux représente le soleil, l’autre la lune. Il y a certains titres de mon album qui sont empreints d’une mélancolie, une nostalgie que j’associe à la lune, à la nuit. Et un côté plus lumineux, plus enjoué, plus percussif et dansant. Pour moi, ce nom AURUS m’ouvre beaucoup plus de liberté, me permet de laisser libre cours à toutes mes folies visuelles et musicales, sans concession. De plus, ce nom, cette entité, permet d’isoler mon projet. Bastien Picot continue à exister avec les nombreuses collaborations que je fais, notamment dans le jazz et d’autres esthétiques. Et quand on me demande ce que je fais, aujourd’hui il y a AURUS qui vient illustrer mon monde, mon univers, que je nourris de bout en bout. Quelque chose que je peux construire et déconstruire à ma guise sans que ce soit lié à toutes les autres choses que je peux faire. 

Tu arrives avec un univers musical, mais aussi visuel très personnel et très fort. C’est quelque chose d’important pour toi de mettre des images sur ces musiques ? 

Carrément. Quand je compose, je vois des images. Du coup, j’ai toujours aimé m’impliquer dans la réalisation des clips. Au point de carrément réaliser le prochain clip qui sortira en juin. Sur les autres, j’ai toujours aimé apporter des idées artistiques et visuelles, en travaillant avec d’autres artistes et réalisateurs/trices. La musique et l’image, ce sont des vases communicants. Il y a un truc qui dialogue. C’est hyper important pour moi. C’est aussi une autre phase de création. Une fois l’univers sonore créé, il y a cet écrin visuel qui peut venir renforcer ou même amener le discours du morceau encore plus loin. Donner une autre dimension à la musique. Pour moi, c’est un package presque indissociable. 

Les 3 clips qui sont déjà sortis poussent l’illusion, l’imaginaire. Ils ne laissent pas indifférent. 

Merci. C’est le but. J’aime le côté abstrait, qui peut laisser place à l’interprétation et à l’imaginaire de la personne qui le voit, et c’est complètement voulu. Ça me plaît. En tant que public, j’aime beaucoup voir des choses très scénarisées, très claires où il n’y a pas de place pour le doute ou l’imaginaire. Mais en tant qu’artiste, je suis plus sensible à la symbolique, qui pour moi, peut raconter encore plus de choses. 

Comment définirais-tu ton EP en quelques phrases ? 

L’album est prêt. Il y aura des surprises qui arriveront avec. Du coup, cet EP, c’est un peu une mise en bouche. C’est une amorce vers l’univers d’AURUS. On y voit des thèmes qui me parlent beaucoup comme dans “The Abettors” en duo avec Sandra NKAKÉ qui parle de cette 6ème extinction de masse dont on est à la fois les responsables, les victimes et les complices. Dans « Momentum », il y a cette envie, ce besoin de redonner au moment présent ses lettres de noblesse et de s’y retrouver. Dans “Mean World Syndrome” qui vient questionner aussi notre vision du monde, parfois altérée par les médias. Au point pour certains, de voir le monde comme beaucoup plus dangereux qu’il ne l’est. De ne plus avoir confiance en rien, ni personne. L’album, lui, va s’appeler “Chimera”: chimère. Je pense qu’aujourd’hui, on est tous des chimères des temps modernes. Avec cette part de bestialité qu’on a en nous, et qu’on a tendance à vouloir ignorer. Notre part d’Homo sapiens sapiens, qui sapiens pas toujours comme il faudrait. Et puis, ce côté humain 2 voir 3.0 avec ces extensions de nous-même qui font plus que partie de notre quotidien. Nous sommes tiraillés entre tout cela. L’EP est une amorce à tout ça. 

Quand est-ce qu’il va arriver cet album ? 

J’ai envie de te dire bientôt. Mais par les temps qui courent, le mot “bientôt” prend des dimensions un peu surnaturelles. A priori, je pense l’année prochaine. 

On parlait du duo sur “The Abettors” avec Sandra NKAKÉ. Pourquoi avoir choisi de partager ce titre avec elle ? 

Je parlais d’intuition, c’est ce que j’ai suivi. J’adore la voix de Sandra, sa musicalité et la personne qu’elle est. On avait eu l’occasion de collaborer avec mon ancien groupe. Quand j’ai composé ce morceau, j’entendais aussi la voix de Sandra. Je l’ai contacté en lui disant que je pensais à elle pour ce morceau, en lui disant de quoi ça parle et en lui demandant si ça l’intéressait. Elle a tout de suite accroché. J’étais aux anges. Ça c’est fait comme ça, en suivant mon intuition. Je suis très heureux d’avoir partagé ce morceau-là avec elle. Il y a peut-être des gens qui nous attendaient sur un autre point de rencontre parce qu’on a tous les deux beaucoup évolué dans la soul musique. Mais cette balade, pour moi elle est venue comme une évidence. Que les voix se confondent plutôt que d’aller vers des trucs hyper harmonisés, ça me plait…jouer avec ce chassé- croisé de voix où on ne sait plus trop qui chante quoi. 

Qu’est-ce que c’est la musique pour toi ? 

Non… On ne peut pas poser cette question-là ! (rires) C’est une passion. C’est un langage. C’est un dialogue. C’est un moyen d’expression. Il y a quelque chose de très palpable dans les objets qu’on peut mettre dans nos différents lecteurs. Mais une fois que la musique est lancée, je crois que ça participe à bien plus. Ca relève du ‘subtil’. C’est un vecteur d’émotions. C’est un moyen de communiquer. Parfois une thérapie aussi, c’est cathartique ! Les choses qu’on a envie de mettre en musique vont dialoguer avec l’expérience de chacun. Ce qui est hyper intéressant, c’est que c’est un langage universel, qui va résonner avec chacun différemment. C’est ce lien entre l’indicible, l’émotion, le concret et le monde dans lequel on vit. 

En ce moment, les concerts ne sont pas possibles. Mais la scène, c’est quelque chose d’important pour toi ? 

J’aime beaucoup la scène. Sur scène, il y a tout qui se catalyse, c’est là où tout converge.. On est dans le dialogue, dans le partage, dans l’émotion. À la fois l’image et le son. C’est très important de pouvoir (dé)livrer ma musique sur scène, parce que c’est là où on peut exprimer les choses sans filtre, que ce soit les messages qui sont dans les paroles ou l’émotion, en s’adressant au public qui est là et qui reçoit ça. On vibre tous… Ce n’est pas unilatéral: « je donne, le public reçoit ». Je pense au contraire que tout le monde donne et tout le monde reçoit, en fait. C’est un vrai échange. Ca fait très « convenu » de le dire, mais je le pense vraiment ! J’ai toujours eu le goût du show, aussi. C’est pour cette raison que j’ai la tenue que j’ai sur scène, qui a été créée par Lia Seval. On a beaucoup échangé pour trouver cela. J’ai hâte de pouvoir reprendre le chemin de la scène ! 

Sur scène, AURUS est dans quelle formation ? 

On est trois. Je chante et je joue des percussions. Ensuite j’ai deux musiciens. Un batteur qui a aussi un pad électronique. Et un multi-instrumentiste guitare, percussions, chœurs et launchpad ou synthé. J’ai deux équipes, une en métropole et une à la Réunion. Ça me donne plus de liberté. 

Quels sont tes prochains concerts prévus si tout va bien ? 

J’avais des dates en Afrique, au Cap Vert, en Espagne, en métropole aussi… Certaines reportées, d’autres annulées. Dans les reports qu’il y a eus, au plus proche, il y a des dates en septembre. Le plus simple est de se tenir informé sur mes réseaux sociaux (@aurusmusic). 

Quels sont les artistes que tu conseillerais à nos lecteurs d’aller découvrir ? 

Ça aussi c’est le genre de questions hyper compliquées … Là, ce qui me vient en premier c’est Moses Sumney que j’adore. Qui vient de sortir un double album. Mon amie Leïla Martial que j’écoutais encore ce matin avec son projet Baa Box et leur album Warm Canto ! Après, j’invite aussi les gens à découvrir les artistes de la Réunion: Saodaj’, Fabrice Legros, Maya Kamaty, Grèn Sémé…pour ne citer qu’eux… Se sont à la fois des gens formidables, des amis et de super artistes ! 

Et ce que tu veux ajouter quelque chose sur ton EP ? 

Ce que je peux dire, c’est qu’il y a un titre qui résonne pas mal pour moi en ce moment. C’est le titre “Scalp” qui va être dévoilé au même moment que l’EP. Pour celui-là, je me suis rajouté la casquette de réalisateur du clip. Ce qui est assez ironique, c’est que c’est un morceau qui parle du burn-out et de la charge mentale. Et finalement, en me rajoutant une casquette supplémentaire dans un agenda déjà bien chargé, je me suis moi-même mis à flirter avec le burn-out. C’est un morceau qui tombe vraiment à propos.

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